« Oser parler d’argent libère le couple » 

 

Avec le sexe, l’argent est le deuxième sujet tabou dans le couple. Même après 15 ans de vie commune, la majorité d’entre nous a beaucoup de mal à aborder cette question de façon décomplexée et saine avec son/sa partenaire.

Il est vrai que parler d’argent dans un couple, ce n’est pas très romantique !
Ces préoccupations bassement matérielles nous semblent en effet très mal s’accommoder avec notre idéal de l’amour selon lequel « quand on aime, on ne compte pas ».

Pourtant, compter et calculer quand on est en couple, et encore plus quand on a des enfants, ce n’est ni être égoïste, ni être vénal·e, c’est une question de survie !

Car mécaniquement, insidieusement, la conjugalité creuse les inégalités financières entre les partenaires. Si ces inégalités peuvent ne pas forcément porter à conséquence au quotidien, elles peuvent avoir des résultantes désastreuses quand survient une rupture.

Alors, cela vaut bien la peine qu’on parle un peu d’argent… et qu’on essaye de comprendre pourquoi.

Pourquoi est-ce si difficile de parler d’argent dans le couple ?

Notre difficulté à aborder les questions financières au sein du couple vient en priorité du fait que cela va à l’encontre de notre conception idéologique de l’amour romantique.

« Quand on s’aime, on ne compte pas. L’amour conjugal se veut gratuit et désintéressé. Se montrer désintéressé est un moyen d’exprimer son amour, mais aussi sa confiance envers son partenaire. » (Caroline Henchoz, sociologue).

Nous sommes socialement et culturellement déterminés à penser que l’amour est synonyme de partage et de générosité. Mais aussi qu’il va durer toute la vie !

Et si les femmes ont encore plus de mal que les hommes à assumer ces questions d’argent, c’est parce qu’au nom de l’idéal féminin, on exige encore d’elles qu’elles soient dans le don de soi et l’oubli d’elles-mêmes, loin des préoccupations purement capitalistes au sens premier du terme. Selon cette idéologie, une femme ne doit donc ni compter, ni calculer, ni tenter de protéger ses intérêts !

Comment se met en place l’inégalité économique au sein du couple ?

Si parler d’argent dans un couple pour gérer au mieux le quotidien peut permettre d’éviter tensions et frictions, l’enjeu est en réalité bien plus important.

Ce qui est réellement en jeu, c’est l’équité conjugale.

Et malheureusement, il ne suffit pas de s’aimer pour qu’elle se mette en place naturellement. Car de nombreux mécanismes insidieux viennent gripper la machine égalitaire.

Selon les statistiques, quand elles sont en couple (avec enfants), les femmes gagnent en moyenne 42% de moins que leur conjoint. Ce qui les rend extrêmement vulnérables dans le cas d’une séparation.

Mais d’où peut provenir cette différence abyssale ? Comment, même au sein de couples très aimants et attentifs l’un à l’autre, de telles inégalités peuvent-elles s’installer ?

Le manque de valorisation du travail domestique et parental

Dès qu’un homme et une femme se mettent en couple et ont des enfants, même si les deux travaillent, dans la plupart des cas la majeure partie du travail domestique et parental va incomber à la femme.

Pour pouvoir s’occuper des enfants, les femmes vont très souvent en arriver à réduire leur temps de travail (congé maternité longue durée, 4/5ème…). Et en allégeant leur temps de travail rémunéré, les femmes vont voir leurs revenus chuter. Le conjoint aimant et attentif au bien-être et à l’équilibre de sa compagne sera le premier à lui proposer d’opter pour une de ces solutions. Mais si cette nouvelle organisation peut sembler avantageuse pour la femme à l’instant T, elle présente en réalité un grand danger : celui de l’appauvrir sur le long terme.

De plus, dans beaucoup de couples, les deux conjoints s’acquittent des factures non pas en proportion de ce que chacun gagne (à équité) mais à 50/50 (à égalité). La mise en disponibilité des femmes qui induit une baisse conséquente de leurs revenus ne leur permet donc plus d’épargner, voire nécessite qu’elles piochent dans leurs économies pour assurer leur part des dépenses.

Dans le cas d’une séparation, on va donc avoir des hommes qui auront évolué dans leur carrière et accédé à des postes mieux payés tout en épargnant, et de l’autre côté des femmes cantonnées dans des postes mal payés sans plus aucune économie en poche !

Dépenses quotidiennes versus achats de fond 

Au sein du couple, très souvent les femmes s’acquittent des dépenses « courantes » (vêtements, nourriture, jouets, petit équipement…) alors que les hommes prennent à leur charge les grosses dépenses (voiture, meubles, gros équipements, crédit immobilier).

Ce principe peut paraitre anodin et sans conséquence… Mais, si les sommes dépensées peuvent finir par être équivalentes, elles ne sont pas du tout valorisées de la même façon !

Cette répartition s’avère absolument désastreuse en cas de rupture, car elle prive les femmes du droit à la propriété de la plupart des biens de valeur. Tout leur argent disparait dans des biens périssables, et en cas de séparation, elles peuvent se retrouver non seulement sans logement, mais surtout sans la possibilité de faire valoir leur droit à 50% de tous les biens acquis pendant les années passées avec leur ex-conjoint auprès d’un avocat ou d’un juge.

Et ce risque est d’autant plus grand pour tous les couples en union libre qui n’ont pas de régime juridique clair, et aucun texte de lois pour les guider dans leurs négociations.

Ne pas agir naïvement pour s’engager consciemment

La plupart des couples se forment sans aborder la question de l’organisation liée à l’argent. Les choses se font souvent sans réfléchir, de façon instinctive…

Pourtant, c’est bien au cœur de la vie de tous les jours que se fabriquent les inégalités conjugales. Dans la bonne volonté de chacun de faire du mieux possible pour l’équilibre du couple. Dans notre aveuglement total des risques encourus à suivre les normes imposées par la société.

Chacun des partenaires est généralement de bonne foi quand il assure à l’autre que « tout ce qui m’appartient t’appartient ». Tant que l’amour est au cœur de la relation, cette organisation peut très bien fonctionner de manière harmonieuse. Mais difficile à l’heure actuelle de ne pas se demander « et si demain tout s’arrêtait ? »

Quand survient une séparation, les conséquences peuvent être désastreuses. Placer le partenaire dépendant financièrement dans une situation de précarité dangereuse, et impacter les enfants par voie de conséquence. Et la violence des négociations économiques entre ex-amoureux viendra finir de balayer les belles choses que le couple aura pu connaitre et traverser.

On comprend dès lors toute l’importance, dès qu’on se met en couple, de dépasser nos illusions romantiques ou nos freins judéo-chrétiens pour parler d’argent ouvertement avec son/sa partenaire. Pour une meilleure entente au quotidien mais aussi pour avoir la possibilité de se séparer dans le respect de chacun, et de ce qu’on a vécu ensemble.

Et que chacun comprenne que, loin d’être une marque de méfiance ou d’égoïsme, parler d’argent avec son/sa partenaire est un véritable gage d’amour.

 

Vous souhaiteriez fonctionner sur un mode plus égalitaire mais vous ne savez pas trop comment faire ni comment aborder la question avec votre partenaire ?  Ne restez pas seuls face à ces difficultés. Prenez rendez-vous pour une première séance. Nous prendrons le temps de vous écouter, comprendre les difficultés auxquelles vous êtes confrontés et surtout voir comment nous pouvons vous aider concrètement.

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Cet article est inspiré du podcast d’Arte Radio, Paye ta séparation de Delphine Saltel.