« Il y a une énorme différence entre laisser tomber et prendre conscience que vous avez atteint votre limite. »

 

Aucun couple ne s’engage dans l’aventure conjugale en ayant à l’esprit l’éventualité de la séparation. Quand on se met en couple, et encore plus quand on fonde une famille, on se voit vieillir ensemble, complices et pleins de tendresse, entourés de nos enfants et petits-enfants.

Mais de nos jours, 20% des couples ne franchissent pas les 5 ans de vie commune et 45% des mariages finissent par un divorce. La rupture, loin d’être un « accident » isolé, est devenue une probabilité de toute relation.

Pourtant, malgré sa banalisation, la séparation reste un moment de grande souffrance. On la vit comme un échec, et on culpabilise terriblement à l’idée de briser la stabilité du foyer que nous avions à cœur d’offrir à nos enfants. Alors on se sépare vite, mal et douloureusement…

Et si, plutôt que de nous enfermer dans ce schéma, nous essayions de voir les choses autrement ?

Depuis 50 ans, les règles qui organisent nos vies amoureuses et familiales ont changé

Autrefois le mariage était le grand organisateur de la parenté et de toute la vie sexuelle. C’était une obligation impérative : on se devait d’y entrer pour fonder une famille. Les rôles de chacun étaient bien définis et non substituables : la femme s’occupait des enfants et du foyer, et l’homme assurait les revenus du ménage. Et il n’était pas envisageable – moralement, socialement, mais aussi financièrement – de se séparer, même quand les choses ne se passaient pas bien.

Depuis quelques décennies, un vent de liberté a soufflé sur les liens conjugaux et l’union entre deux partenaires s’est « privatisée ». Se marier ou pas, rester en couple ou se séparer… la manière de gérer sa vie amoureuse n’est plus régie par les impératifs sociaux ou religieux et est devenue une question de conscience personnelle. C’est ce qu’Irène Théry, sociologue, appelle le « démariage » : la liberté de choisir son union quelle qu’elle soit (mariage, cohabitation légale, union libre) mais surtout la possibilité d’y mettre fin quand on le décide ou on le juge nécessaire.

Les règles de nos rapports de couple ont donc bel et bien changé. Mais uniquement de manière implicite ! Car nos idéaux collectifs, eux, sont restés figés dans les clichés de l’amour éternel, du couple stable, de la réussite amoureuse symbolisée par les 45 années de vie commune.

Et c’est à chacun, individuellement, de trouver comment gérer la pression dans laquelle nous place cette contradiction entre l’imaginaire collectif et nos aspirations personnelles !

Et d’essayer de comprendre pourquoi elle aboutit à tant de ruptures.

Et si la séparation trouvait sa cause dans… l’égalité des sexes ?

L’individualisme ! C’est ce fléau qui est souvent mis en avant pour expliquer cette tendance de fond qui dure depuis 50 ans. Selon la croyance collective, nous serions tous devenus égoïstes et irresponsables, centrés sur notre petit bonheur personnel, incapables de résister aux tentations ou de surmonter la première difficulté rencontrée.

Pourtant, selon les sociologues, il semblerait que ce qui met réellement le couple en crise ne soit pas l’individualisme, mais l’avènement de l’égalité des sexes !

Cette « petite » révolution a rebattu totalement les cartes de toutes nos relations, et celles au sein du couple en particulier. Car l’égalité des sexes, ce n’est pas juste plus de droits et d’opportunités pour les femmes, c’est un changement global du mode relationnel qui n’est plus basé sur la complémentarité hiérarchique.

« Avec l’avènement de l’égalité des sexes, les femmes deviennent vraiment les interlocutrices des hommes. On passe de l’idéal d’un couple fusionnel sous l’autorité du mari à l’idée que l’idéal du couple égalitaire c’est un duo dans lequel chacun des membres a de l’oreille pour la voix de l’autre » (Irène Théry).

Le « couple classique » a été remplacé par le « couple conversation »

Le changement majeur engendré par l’égalité des sexes est donc l’avènement du « couple conversation ». A l’inverse des couples « d’avant » dont l’avenir était quelque part assuré puisque l’union était indissoluble, les couples « modernes » savent implicitement dès le début que leur avenir est soumis à l’enjeu de la communication.

Pour qu’un couple perdure et s’épanouisse, chaque partenaire doit désormais savoir exprimer ses attentes et ses besoins mais aussi savoir entendre ceux de l’autre. Partager sa vision du couple, de la famille, de la vie, mais également respecter la vision de l’autre qui peut être différente. Dialoguer pour trouver des solutions aux problèmes, et pour construire ensemble l’avenir du couple. Apprendre aussi à se disputer pour arriver à exprimer sa colère avant que le désaccord ne dégénère en conflit.

Et c’est loin d’être évident ! 9 couples sur 10 qui viennent consulter disent rencontrer des difficultés à bien communiquer au sein de leur couple. Une bonne communication est donc l’enjeu principal d’un couple vivant et qui s’adapte au gré des évolutions de chacun des partenaires, mais aussi le problème majeur que rencontrent la majorité des couples.

 Et la famille dans tout ça ?

En plus de cette difficulté majeure, les couples d’aujourd’hui ont encore du mal à dissocier les enjeux de leur couple par rapport aux enjeux de la famille. Ils les fusionnent, les confondent. Pourtant, pour réussir sa relation, il ne faut pas superposer ces enjeux, mais trouver une intersection équilibrée entre les deux.

Toute la difficulté réside dans le fait d’arriver à faire coexister deux liens qui sont chacun régis par des règles différentes. Le lien du couple « moderne » peut être dissous puisque nous avons la liberté de quitter une situation qui ne nous convient pas ou plus. Or, le lien de filiation, lui, est indissoluble et inconditionnel – nous aimons nos enfants quoi qu’ils fassent et pour la vie. Ce qui nous apporte la sécurité affective dont nous avons tant besoin.

Notre idéal de l’amour inconditionnel que nous avons placé dans notre parentalité s’inscrit donc en totale contradiction avec cette liberté nouvelle de couper le lien avec notre partenaire.

Tant que nous sommes épanouis dans notre couple, tout va bien… Mais dès que des problèmes surviennent et que la situation s’aggrave, nous sommes rongés par la culpabilité à l’idée de briser ce lien immuable avec nos enfants. Ce qui peut nous pousser à rester dans une situation qui ne nous convient plus et à abandonner tout espoir d’être un couple vivant…

La séparation n’est pas forcément un échec – elle peut être vue comme un acte de cohérence.

Tous, hommes comme femmes, nous expérimentons au quotidien à quel point cette nouvelle donne de l’égalité des sexes est compliquée à appréhender, à gérer, à maitriser, à appliquer. Nous sommes entrés dans une sorte de phase expérimentale du couple égalitaire où tout est encore très fragile. Pas étonnant donc qu’au lieu de gagner en sérénité et en stabilité, cela ait mis le couple en crise !

Malgré toutes ces difficultés, certains couples arrivent à surmonter les épreuves et à poursuivre la conversation au fil des années.

Mais d’autres couples, malgré leurs efforts, n’y arrivent pas. Et plutôt que de se scléroser dans une relation dans laquelle il n’y a plus de dialogue possible, d’imposer à leurs enfants des parents qui se disputent sans cesse ou qui sont en état de guerre froide, ils ont le courage de se séparer. Oui, le COURAGE. Car, dans ces cas-là, bien loin d’un échec, la séparation peut être vue comme un acte de cohérence. Une volonté de ne pas abandonner ses aspirations profondes d’un couple vivant, aimant, épanoui.

Bien sûr, l’idée n’est pas de se dire « ce n’était pas le bon/la bonne », mais bien de prendre conscience de ce qui n’a pas fonctionné, des erreurs que chacun a commis, de ce qu’on aurait pu mieux faire ou différemment. D’identifier ses aspirations profondes, ses forces mais aussi ses faiblesses, les schémas relationnels qu’on souhaite ne plus reproduire, bref de prendre sa part dans ce qui nous est arrivé. C’est seulement en faisant un important travail sur soi que chaque partenaire pourra grandir et s’enrichir, mieux se préparer à affronter les nouveaux enjeux du couple égalitaire et avancer vers une nouvelle relation plus épanouissante car plus proche de ses besoins et de ses valeurs.

 L’idéal du couple conversation reste bien de vieillir ensemble… mais plus à n’importe quel prix. Plutôt que de subir les nouvelles règles implicites, savoir que la séparation est un risque que l’on prend dès le début d’une relation amoureuse permet de mieux gérer cette éventualité. De ne pas la considérer comme un échec, mais comme la condition même d’une relation égalitaire. Et de comprendre que c’est aussi ce qui en fait le sel, ce qui donne tout son prix à une relation qui dure, car rien n’est gagné d’avance.

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Vous éprouvez des difficultés à maitriser ces nouvelles règles du couple égalitaire – bien communiquer, dissocier les enjeux de votre couple et de votre famille, prendre votre part ?  Ne restez pas seuls face à ces difficultés.

Contactez-nous pour une première séance sans engagement. Nous prendrons le temps de vous écouter, comprendre les difficultés auxquelles vous êtes confrontés et surtout voir comment nous pouvons vous aider concrètement.

 

Cet article est inspiré du podcast d’Arte Radio, Comment (bien) se séparer de Delphine Saltel.

Pour aller plus loin, nous vous conseillons également l’ouvrage d’Irène Théry, Le démariage, aux éditions Odile Jacob.