« Aux hommes qui nous lisent, j’ai envie de dire : vous devriez vous intéresser à ces questions, car elles s’intéressent à vous. »

Célia Héron

 

Les rapports entre les hommes et les femmes changent – c’est une évidence que personne ne peut nier. Mais, si les choses évoluent très lentement dans la voie vers l’égalité des sexes, c’est que trop peu d’hommes encore aujourd’hui adhèrent au féminisme.

Certains d’entre eux n’acceptent tout simplement pas ces changements – qu’ils considèrent comme des bouleversements – car ils ne voient dans ces nouveaux rapports hommes-femmes qu’une perte de leur position dominante, un affaiblissement de leur pouvoir, une atteinte profonde à ce qui fait d’eux de « vrais hommes ».

D’autres (de plus en plus nombreux) se disent solidaires du « combat des femmes ». Mais cette formulation en dit long sur ce sentiment de n’être concernés que par voie de conséquence.

Dans un cas comme dans l’autre, le féminisme est souvent réduit à la lutte des femmes pour leur émancipation et leur droit à l’égalité avec les hommes.

Et si le féminisme, c’était bien plus que cela ? Et si les hommes avaient beaucoup à gagner à être féministes ?

Interroger la masculinité : un enjeu féministe

« Le féminisme n’est pas un combat des femmes contre les hommes, c’est un combat pour l’égalité qui concerne tout le monde. » Stéphanie Pache

Les femmes sont les premières et principales victimes du système patriarcal dans lequel nous évoluons. Mais ce que tous les hommes n’ont pas encore saisi, c’est que leur position de dominant ne comporte pas que des avantages et des privilèges – car eux aussi sont des victimes de cette société genrisée.

Nous sommes tous, hommes comme femmes, formatés dès notre plus jeune âge par la « socialisation différenciée » – la façon dont les adultes s’adressent à nous, les jeux qu’on nous propose, les qualificatifs physiques ou émotionnels utilisés pour nous caractériser… toute une série de mécanismes extrêmement complexes, subtils et presque imperceptibles qui déterminent l’essentiel de nos comportements.
Dès notre plus tendre enfance, nous sommes conditionnés par les mythes que la société véhicule, les normes qu’elle nous impose, les modèles qu’elle érige comme idéal de vie…
Nous sommes prisonniers des injonctions sociétales qui déterminent que les femmes sont ou doivent être comme ceci, les hommes sont ou doivent être comme cela, et notre rôle est de nous conformer à cette image. Sous peine d’échec, d’exclusion, de marginalisation.

Par-delà l’égalité entre les sexes, c’est cette représentation, largement culturelle, des sexes qui est profondément mise en cause aujourd’hui : ce système de catégorisation binaire des identités masculines et féminines dans lequel n’existe que des « mises en scènes » de la masculinité et de la féminité. Sans aucune reconnaissance des identités et sans aucune place pour les choix individuels.

Un homme ne pleure pas : il est l’épaule solide sur laquelle la femme peut s’appuyer

Une femme se doit d’être douce, effacée, délicate, dans le don d’elle-même… On parle beaucoup depuis plusieurs années de l’idéal féminin et du poids qu’il fait peser sur les femmes.  Mais on passe trop souvent sous silence son pendant masculin.

Pourtant, l’idéal masculin est lui aussi une image fantasmée qui représente un poids énorme pour les hommes : un homme se doit d’être fort, musclé, solide, puissant. Pour être viril, il faut être courageux, déterminé, combatif. Mais aussi taire ses sentiments, réprimer ses émotions, cacher sa sensibilité, contrer sa délicatesse. Le rôle de l’homme est de protéger les femmes qui sont fragiles. De subvenir aux besoins matériels de sa famille. De faire carrière et d’avoir une bonne position sociale. D’être toujours performant – sur tous les plans.

Et pourquoi un homme ne pourrait-il pas faire de la danse ? aimer le rose ? ne pas vouloir se battre ? choisir un métier moins rémunérateur mais qui lui plait vraiment ? suspendre sa carrière pour voir ses enfants grandir ?… Parce que la masculinité, comme la féminité, n’est pas une question de choix personnel : c’est la société qui apprend aux petits garçons à devenir les hommes qu’elle attend qu’ils soient.

« Depuis sa naissance mon petit garçon est considéré comme un homme en devenir. Il doit donc porter sur le torse et sur ses slips des signes correspondant à la virilité, la force et le courage. Mais comment peut-on réclamer le partage des tâches équitable, le consentement éclairé, l’empathie et la douceur, si dès la naissance et les premiers bodies on fait comprendre aux garçons qu’ils sont là uniquement pour se battre et réparer des voitures ? J’aimerais que mon enfant sache qu’il n’a pas à être un super héros ni un prince charmant protecteur pour être un homme. » Charlotte Bienaimé

On inculque aux hommes d’être à l’opposé des femmes. Mais la frontière entre les hommes et les femmes n’existe pas. Les hommes sont, tout autant que les femmes, des êtres d’émotion. Qui connaissent des peines, des chagrins, des moments de découragement. Qui ont envie de pleurer. Qui aimeraient pouvoir baisser la garde et montrer leur vulnérabilité. Laisser s’exprimer toute leur sensibilité.

Se battre contre les injonctions de genre revient donc à se battre aussi contre celles qui sont imposées aux hommes. Et plutôt que d’avoir peur d’une soi-disant dévirilisation, les hommes devraient envisager le féminisme comme un potentiel d’ouverture, une possibilité de faire enfin entendre leur voix intérieure par-delà la voie sociale qui leur est dictée.

Mieux répartir la charge mentale et émotionnelle, c’est mieux partager le poids de la vie à deux pour mieux profiter de la vie en couple

Sur le plan personnel, l’homme a donc tout à gagner à être féministe. Et pour l’harmonie de son couple également !

Les femmes passent leur vie à faire des sacrifices pour leur famille qui ne sont jamais reconnus. Elles consacrent beaucoup de temps à réaliser des tâches ménagères et parentales qui sont socialement dévalorisées et invisibilisées. Ce sont elles aussi qui majoritairement mettent leur travail en suspens pour s’occuper des enfants, ce qui les freine très clairement dans leur carrière et leur épanouissement professionnel. Comment dans ces conditions ne pas aboutir à de la frustration, du ressentiment, un sentiment d’ingratitude et d’injustice…

Ce déséquilibre émotionnel ne peut que rejaillir sur l’harmonie du couple. Car une femme qui ne s’épanouit pas individuellement ne peut pas s’épanouir dans sa relation avec son partenaire. Une femme épuisée par la charge mentale liée à la gestion d’un foyer ne peut plus être disponible pour son conjoint. Une femme frustrée a moins envie d’être proche de son partenaire sexuellement.

Une meilleure répartition du poids de la vie de famille dans son ensemble est donc cruciale pour l’équilibre du couple. Mais l’épanouissement du couple passe aussi par un partage équitable du travail émotionnel.

Le mythe selon lequel les hommes, à l’inverse des femmes, seraient incapables de communiquer dans l’intimité, est dévastateur. Car il assigne aux femmes un nouveau rôle au sein des couples : celui de mettre en place une bonne communication entre les partenaires, et de trouver les moyens d’amener leur conjoint à s’exprimer, à confier leurs peurs et leurs angoisses, à parler ouvertement de ce qui les préoccupe vraiment.

Une responsabilité énorme vis-à-vis de la « bonne santé » du couple. D’autant que, dans la majorité des cas, cette mission est vouée à l’échec. Car malgré tout l’amour, la patience et la pédagogie qu’une femme pourrait déployer ou employer, un simple apprentissage de la communication est rarement suffisant pour contrer tout le poids du patriarcat qui pèse depuis l’enfance sur les manières de fonctionner des hommes, leur manière de s’exprimer, et surtout de se taire.

Si les hommes ont plus de mal à dire « je t’aime », à être dans l’écoute attentive, à exprimer leurs besoins au lieu d’imposer leurs désirs, à exprimer leurs émotions au lieu d’exploser en agressivité, à dire « j’ai besoin d’aide » au lieu de claquer la porte violemment… ce n’est pas qu’ils n’en sont pas capables parce qu’ils sont du genre masculin ! C’est tout simplement qu’on leur a formellement interdit de le faire sous peine de ne pas être considérés comme des hommes.

L’harmonie d’un couple dépend de la façon dont on s’écoute, la façon dont on se parle, et l’intimité grandit avec la façon dont on se livre. Si les hommes se libéraient des injonctions intériorisées de la masculinité, ils pourraient enfin s’ouvrir à leur partenaire avec mesure, sensibilité, profondeur et bienveillance. Le terreau idéal pour une relation de couple enfin équilibrée et épanouie.

Le véritable enjeu du féminisme d’aujourd’hui est de remettre en question les normes qui pèsent sur les hommes comme sur les femmes. De revendiquer la possibilité pour les hommes d’être différents entre eux, tout comme les femmes. D’élargir l’horizon des possibles par-delà les catégories homme-femme et les comportements qui leur sont assignés en offrant une plus grande variété des parcours et une plus grande diversité entre les individus.

Pour permettre à chacun, homme comme femme, d’exprimer son plein potentiel, de vivre selon ses choix, et de développer son individualité profonde.

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Vous souhaiteriez revoir en profondeur le mode de fonctionnement de votre couple mais vous ne savez pas trop comment faire ni par où commencer ? Ne restez pas seuls face à ces difficultés. Contactez-nous pour une première séance sans engagement.  Nous prendrons le temps de vous écouter, comprendre les difficultés auxquelles vous êtes confrontés et surtout voir comment nous pouvons vous aider concrètement.

 

Cet article est inspiré du podcast d’Arte Radio, Un autre homme est possible de Charlotte Bienaimé.